CEDEAO – AES : Les contours d’une coexistence régionale

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À quelques jours du sommet du 19 juillet à Lungi, en Sierra Leone, les contacts entre l’AES, l’Union africaine et la Russie redessinent les rapports régionaux. Libre circulation, commerce et sécurité deviennent les terrains concrets d’une coexistence encore provisoire.
Cette 69ème session demeure un rendez-vous interne à la CEDEAO. Aucune rencontre officielle avec l’AES n’est annoncée. Le programme rendu public met en avant la paix, la gouvernance, le commerce et l’intégration, des dossiers liés aux rapports avec les voisins sahéliens.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté la Communauté le 29 janvier 2025. Pour prévenir une rupture, la CEDEAO a maintenu, « jusqu’à nouvel ordre », la reconnaissance des passeports, la circulation sans visa, les droits de résidence et d’établissement et le régime préférentiel des biens et services.
Le sommet suit plusieurs gestes diplomatiques récents. Les ministres de l’AES ont reçu Sergueï Lavrov à Niamey, Bamako et Alger ont rétabli leurs ambassadeurs et rouvert leurs espaces aériens, puis Mahmoud Ali Youssouf de l’UA a effectué une visite au Mali les 12 et 13 juillet.
Dégel
D’ailleurs, le communiqué Russie - AES du 8 juillet saluait la « dynamique positive du dialogue » avec la CEDEAO et l’Union africaine. Moscou confirmait aussi son soutien militaire et diplomatique à la Confédération. Toutefois, le partenariat russe n’exclut pas la reprise des contacts africains.
À Bamako, Mahmoud Ali Youssouf a qualifié ses échanges de « francs, approfondis et constructifs ». À sa sortie d’audience avec le chef de l’État, il a reconnu l’AES comme « une réalité du paysage régional » et plaidé pour le dialogue, le bon voisinage et une réponse collective au terrorisme.
Le dégel entre le Mali et l’Algérie complète ce tableau. Pour l’heure, aucun élément public n’établit une médiation russe. Le retour des canaux facilite les consultations, mais le contentieux du drone abattu et les divergences sur les groupes armés demeurent.
Passerelles
L’AES a déclaré son territoire sans visa pour les ressortissants de la CEDEAO et leur reconnaît les droits d’entrée, de circulation, de résidence et d’établissement. Ces décisions réciproques ont limité les perturbations, sans constituer encore un accord commun durable.
Pour les voyageurs et les opérateurs, les incertitudes concernent les contrôles, les assurances, les diplômes, la protection sociale, les titres de séjour et les documents de l’AES. Des réglementations divergentes compliqueraient des pratiques jusque-là encadrées par les protocoles communautaires.
L’économie impose aussi des passerelles. Les pays de l’AES, sans accès maritime, dépendent des corridors vers les ports côtiers. Les États littoraux profitent du transit et des débouchés sahéliens. Des écarts tarifaires ou douaniers augmenteraient les délais, les coûts de transport et les prix.
Sécurité
La coopération sécuritaire constitue le dossier le plus urgent. Groupes armés, trafics et réseaux criminels franchissent les frontières entre le Sahel et les pays côtiers. Le renseignement, les alertes précoces et la coordination locale restent nécessaires, malgré des doctrines militaires et des partenariats extérieurs différents.
Pourtant, la confiance politique demeure fragile. Les sanctions, la menace d’intervention militaire au Niger et les désaccords sur les transitions ont laissé des contentieux. Les autorités sahéliennes placent l’égalité souveraine, la non-ingérence et la reconnaissance de leur Confédération au centre de leurs relations extérieures.
Le dialogue ne possède pas encore de cadre conjoint stabilisé. En juin, des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger se sont réunis à Ouagadougou pour préparer une position commune avant de futures consultations avec la CEDEAO sur la sécurité, le commerce et la stabilité régionale.
Horizon
Lungi peut préciser la position des Douze et leur mandat pour les négociations futures. Des interlocuteurs désignés, un calendrier et des groupes techniques permettraient de passer des mesures unilatérales à des arrangements négociés sur la circulation, les échanges et la sécurité transfrontalière.
Les limites restent visibles. Le programme public du sommet ne garantit aucune décision spécifique sur l’AES. La visite de Mahmoud Ali Youssouf n’a été accompagnée d’aucune annonce levant la suspension du Mali par l’Union africaine. Le rapprochement entre Bamako et Alger a rétabli le dialogue sans régler les différends.
La recomposition régionale se joue moins dans un retour à l’ancienne CEDEAO que dans l’organisation d’une coexistence prévisible. Son contenu se mesurera aux garanties offertes aux citoyens, aux commerçants et aux transporteurs, ainsi qu’à la capacité des institutions séparées à coopérer face aux menaces communes, dans un cadre clairement défini et durable. ...
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