Sahel : Birgitte Markussen chargée d’appliquer la nouvelle approche de l’UE

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Nommée le 23 juillet, la diplomate danoise prendra ses fonctions le 1er septembre 2026 pour un mandat initial d’un an. Elle devra traduire en initiatives concrètes la volonté européenne de renouer un dialogue adapté à chaque pays, dans une région où les partenariats diplomatiques et sécuritaires se recomposent rapidement.
Le Conseil de l’Union européenne a choisi une diplomate familière du continent africain pour conduire sa politique sahélienne. Birgitte Nygaard Markussen succédera à João Cravinho, en fonction depuis la fin de 2024, et exercera son mandat jusqu’au 31 août 2027, sous réserve d’un éventuel renouvellement.
Son champ d’intervention couvre le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Mauritanie et le Tchad. Il s’étend également aux États voisins affectés par l’insécurité, les mouvements de populations, la criminalité transfrontalière et les conséquences économiques des crises sahéliennes. Elle travaillera avec les gouvernements, l’Union africaine, les Nations unies et les autres partenaires internationaux présents dans la région.
Le titre de représentante spéciale ne fait pas d’elle une ambassadrice européenne supplémentaire auprès de chacun de ces pays. Son rôle sera régional. Elle devra porter le dialogue politique de l’UE, rapprocher les positions de ses États membres et assurer une meilleure cohérence entre la diplomatie, la sécurité, l’aide humanitaire et les programmes de développement.
La nomination marque surtout le passage d’une phase de redéfinition à une étape d’application. João Cravinho avait été chargé de contribuer à l’élaboration d’une nouvelle orientation européenne après la remise en cause du dispositif construit pendant une décennie autour du G5 Sahel, des missions militaires et d’une coopération étroite avec les gouvernements de la région. Birgitte Markussen devra maintenant donner un contenu opérationnel à l’approche validée par les ministres européens des Affaires étrangères le 20 novembre 2025.
Une approche adaptée à chaque pays
L’Union européenne ne parle plus seulement de stratégie intégrée, mais d’une « approche renouvelée ». La nuance traduit la volonté de ne plus appliquer un schéma identique à des États dont les choix politiques, les institutions et les relations extérieures ont fortement divergé.
Le cadre européen retient trois orientations principales. La première repose sur l’engagement politique et diplomatique. La deuxième concerne la sécurité humaine, qui ne se limite pas aux opérations militaires et inclut la protection des populations, la justice, les services essentiels et la prévention des conflits. La troisième porte sur la cohésion sociale, l’emploi, l’investissement et les relations entre les sociétés. La lutte contre la criminalité organisée et les causes des migrations irrégulières complète ces priorités.
Cette politique doit être différenciée selon les réalités nationales. Les documents européens évoquent une coopération fondée sur les intérêts communs, les besoins exprimés par chaque pays et un dialogue capable de se poursuivre malgré les désaccords sur la gouvernance, les libertés publiques ou les choix diplomatiques.
Le principe défendu par Bruxelles est que le retrait complet ne constitue pas une option. L’instabilité du Sahel affecte directement les pays côtiers du golfe de Guinée, le Maghreb et l’Europe à travers le terrorisme, les trafics, les déplacements forcés et la fragilisation des échanges économiques. L’Union cherche donc à préserver des canaux de discussion même lorsque ses relations avec certains gouvernements sont devenues difficiles.
Cette démarche intervient alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger renforcent leur coopération au sein de la Confédération des États du Sahel et diversifient leurs partenariats militaires, économiques et diplomatiques. Les trois pays ont notamment annoncé, en juillet 2026, un approfondissement de leur collaboration sécuritaire avec la Russie. Cette évolution oblige l’UE à proposer autre chose qu’un retour aux dispositifs antérieurs.
Le profil de Birgitte Markussen correspond à cette recherche d’une méthode plus politique et moins exclusivement centrée sur la formation militaire. Elle est, depuis janvier 2025, représentante spéciale du Danemark pour le Sahel et les Grands Lacs. Elle a dirigé auparavant les affaires humanitaires au ministère danois des Affaires étrangères.
De 2020 à 2023, elle a été cheffe de la délégation de l’Union européenne auprès de l’Union africaine et ambassadrice auprès de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. Elle avait déjà représenté le Danemark au Burkina Faso, au Niger, au Tchad et en République centrafricaine, avant d’occuper la direction Afrique du ministère danois puis du Service européen pour l’action extérieure. Titulaire d’un diplôme supérieur en ethnographie et en anthropologie sociale, elle a également travaillé sur l’égalité entre les femmes et les hommes, la communication et la liberté des médias.
Cette expérience lui donne une connaissance directe de plusieurs capitales concernées par son mandat. Elle connaît aussi les mécanismes de l’Union africaine, dont le rôle sera déterminant pour éviter que la politique européenne soit perçue comme une démarche conçue uniquement depuis Bruxelles.
Le Mali, premier test de la nouvelle méthode
La relation avec le Mali constituera l’un de ses dossiers les plus sensibles. L’Union européenne y conserve une présence diplomatique, humanitaire et civile, mais son dispositif sécuritaire a profondément changé.
La mission européenne de formation de l’armée malienne, EUTM Mali, a achevé ses activités en mai 2024 après onze années de présence. L’UE avait décidé de ne pas engager de négociation avec les autorités maliennes pour prolonger son mandat. La fermeture a consacré la fin d’un modèle de coopération militaire qui avait reposé sur la formation, le conseil et l’accompagnement des Forces armées maliennes.
La mission civile EUCAP Sahel Mali reste, en revanche, présente. Son mandat court jusqu’au 31 janvier 2027. Elle intervient auprès de la Police nationale, de la Gendarmerie, des services de sécurité, des structures judiciaires et des administrations chargées des frontières. Ses activités concernent notamment la gestion des crises, la lutte contre les trafics, l’accès à la justice, les relations entre les forces de sécurité et les populations ainsi que l’appui aux acteurs de la société civile.
Birgitte Markussen prendra donc ses fonctions cinq mois avant l’échéance du mandat d’EUCAP. Sans décider seule de son avenir, elle participera nécessairement à l’évaluation politique de la coopération européenne dans le secteur de la sécurité intérieure. La poursuite, l’adaptation ou la réduction de la mission dépendra des discussions avec Bamako, des résultats obtenus et des priorités retenues par les États membres de l’UE.
EUCAP continue de conduire des activités concrètes au Mali. En 2026, la mission a notamment travaillé sur la gestion civile des crises, la sécurisation des frontières, la lutte contre le trafic de migrants, l’amélioration de l’accès à la justice et le dialogue entre les forces de sécurité et les communautés. Elle a également soutenu des comités consultatifs réunissant responsables locaux, représentants de la société civile et services de sécurité.
La nouvelle représentante spéciale devra déterminer comment inscrire ces interventions dans une relation politique devenue plus exigeante. Les autorités maliennes mettent en avant la souveraineté dans le choix de leurs partenaires et rejettent les coopérations qu’elles estiment assorties de conditions incompatibles avec leurs priorités. L’Union européenne, de son côté, affirme vouloir maintenir le dialogue sur les droits humains, la gouvernance, l’accès humanitaire et l’État de droit.
Le défi sera de trouver des domaines où les intérêts convergent. La protection des frontières, la lutte contre la criminalité organisée, la sécurité des populations, les infrastructures, l’énergie, l’emploi des jeunes et l’aide aux personnes déplacées peuvent fournir des espaces de coopération, à condition que les responsabilités, les financements et les résultats attendus soient clairement établis.
Le mandat de douze mois paraît court au regard de la complexité de la mission. Il peut toutefois permettre de mesurer rapidement si la nouvelle politique produit des échanges réguliers, des projets acceptés par les gouvernements et une meilleure coordination avec les organisations africaines.
La nomination de Birgitte Markussen ne constitue donc pas, à elle seule, une relance des relations entre l’Union européenne et le Sahel. Elle désigne la diplomate chargée de vérifier si un engagement plus pragmatique, adapté à chaque pays et moins dépendant des anciens dispositifs peut encore trouver sa place dans la région. Son premier résultat sera jugé moins au nombre de visites effectuées qu’à sa capacité à maintenir un dialogue utile et à faire émerger des coopérations que les partenaires sahéliens considèrent comme répondant à leurs propres priorités. ...
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