Les caniveaux ne votent pas, mais ils parlent

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À chaque hivernage, Bamako reçoit le même avertissement. Les rues se remplissent d’eau, des habitations sont envahies et les dégâts relancent le débat sur l’assainissement. La pluie déclenche la crise, mais elle n’en explique pas à elle seule l’ampleur.
Les réseaux de drainage insuffisants, les collecteurs mal entretenus et les constructions érigées dans certains passages naturels de l’eau relèvent de la responsabilité publique. Mais il existe aussi une responsabilité plus proche, plus quotidienne et souvent plus difficile à reconnaître.
Celle du citoyen qui transforme le caniveau en poubelle.
Un sachet jeté dans la rue paraît insignifiant. Ajouté à des milliers d’autres, il finit pourtant par ralentir l’écoulement, obstruer un passage et aggraver les conséquences d’une forte pluie. Salir aujourd’hui et réclamer demain une ville propre constitue une contradiction que l’on ne peut plus ignorer.
Aucun État, aussi efficace soit-il, ne peut construire une ville contre ses propres habitants.
Les autorités doivent construire des ouvrages adaptés, assurer la collecte des ordures, curer régulièrement les caniveaux et sanctionner les dépôts anarchiques. Mais aucune politique d’assainissement ne peut produire des résultats durables si les ouvrages nettoyés sont aussitôt remplis de déchets.
La responsabilité commence aussi devant les maisons, dans les marchés, le long des rues et autour des dépôts improvisés.
La pluie est un phénomène naturel. Les infrastructures défaillantes relèvent de l’action publique. Jeter ses ordures dans un caniveau est un choix individuel.
Les inondations naissent souvent de la rencontre de ces trois réalités. Les prévenir suppose donc moins de désignation et davantage de responsabilités partagées.
Salimata Wagué ...
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