Au cœur de la Saga (3/5) – Teretia Kaimuko : “D’enfant à monitrice”

Tahiti, le 24 juillet 2026 – Cette année, la Saga jette l’ancre à Tautira du 5 juillet au 9 août. Pendant ces cinq semaines de vacances tournées vers la navigation pour 720 enfants de Tahiti et des îles, nous vous embarquons aux côtés de quelques-unes des nombreuses personnes qui contribuent à la réussite de cette initiative solidaire. Aujourd’hui, rencontre avec Teretia Kaimuko, 26 ans, qui a découvert la Saga en tant que bénéficiaire en 2013 et qui ne l’a plus jamais quittée. Monitrice à l’école de voile de Arue, elle met un point d’honneur à accompagner les enfants pour leur donner confiance en eux.
Son sourire communicatif est à la hauteur de son parcours. Teretia Kaimuko, 26 ans, est originaire de Mahina. Monitrice à temps plein à l’école de voile de Arue depuis 2020, elle a hissé ses premières voiles en tant que bénéficiaire de la Saga. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que rien ne laissait présager qu’elle en ferait un jour son métier.
“Ma première Saga, c’était la Saga Painapo en 2013, à Moorea, avec mon grand-frère. J’étais en Dragoon et j’ai eu la barre blanche, qui équivaut au premier niveau. Ce ne sont pas mes meilleurs souvenirs : au bout d’une semaine, je n’aimais pas vraiment la voile !”, se souvient-elle, amusée. Pas de coup de foudre immédiat donc, “c’est arrivé après” grâce à une seconde semaine en raison de places vacantes. “Je suis passée en Hobbie 15 et j’ai obtenu le niveau orange. Le groupe était cool et je me sentais plus à l’aise sur l’eau. J’apprenais aux autres et j’ai commencé à apprécier”, poursuit la jeune femme, qui n’a manqué aucune édition depuis plus de dix ans.
Pour les enfants
Teretia Kaimuko a participé à deux Saga en tant qu’élève, puis elle est rapidement montée en grade : elle est devenue “aide-mono” dès 2016, à Papeari, avant de passer sa première formation de monitrice en 2018. Titulaire du diplôme fédéral polynésien d’animateur de voile (DFPAV), elle est en train de passer le brevet professionnel polynésien d’éducateur sportif en complément. Elle n’a pas eu de déclic à proprement parler : le cheminement “d’enfant de la Saga à monitrice” s’est fait progressivement. “Quand j’étais aide-monitrice, j’étais à l’université en licence de physique-chimie, car je voulais travailler dans la police scientifique. Mais les études, ce n’était plus trop pour moi... Ma maman m’a encouragée à devenir monitrice pour gagner des sous pendant les vacances. J’ai commencé à travailler de plus en plus souvent et j’y ai pris goût ! Ce n’était pas ce que je voulais faire au départ, mais j’adore la mer depuis que je suis toute petite. Aujourd’hui, je suis hyper heureuse d’être là”, confie-t-elle.
Que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur l’eau, Teretia Kaimuko veut apporter sa pierre à l’édifice. “J’ai eu des années assez difficiles avant de commencer la Saga. J’ai pu parler de ce que j’ai vécu sans être jugée, plus facilement qu’à la maison. On se confie beaucoup entre enfants et on a accès à des personnes qui viennent de différents milieux”, souligne-t-elle. Alors forcément, la jeune femme met un point d’honneur à ne manquer aucune Saga : “Pour moi, c’est sacré ! Je sais par quoi passent certains enfants, ayant moi-même vécu des choses difficiles. Il y en a qui pensent qu’il n’y a pas de sortie, qu’ils vont rester pauvres ou en foyer, mais je suis là pour leur dire qu’il y a toujours une issue”. Et quoi de mieux que larguer les amarres et naviguer ? “Quand tu fais de la voile, tu apprends plein de choses : la culture, le respect, le travail de groupe. Il y a des enfants qui se sentent seuls, mais on a besoin de tout le monde pour faire avancer un bateau. Quand tu vois que tu as des enfants difficiles en début de semaine, mais qu’à la fin ils ont retrouvé le sourire ou qu’ils pleurent parce que tu vas leur manquer, c’est magique !”
Un cap professionnel et sportif
À titre personnel, Teretia Kaimuko s’est fixé un cap professionnel. “J’ai pour projet de passer le BPJEPS, valide en France et qui permet de travailler partout, et aussi le DEJEPS, pour pouvoir diriger une structure. Je suis la plus jeune et la seule fille à l’école de voile, mais je suis entourée par une super équipe qui me soutient dans mes projets et m’encourage à faire plus pour aller plus loin, et peut-être un jour prendre la suite en tant que cheffe de base”, espère-t-elle. Une envie de “continuer à apprendre” qui devrait la conduire dans l’Hexagone en octobre 2027. Un délai lié à ses ambitions sportives, en tant qu’athlète : “D’abord, j’aimerais bien participer aux Jeux du Pacifique à Tahiti, pour lesquels je m’entraine avec Teiva Véronique depuis le début de l’année en Hobbie Cat 16.”
Ces défis, Teretia Kaimuko ne manquera pas de les relever pour continuer à inspirer les enfants de la Saga. Elle conclut d’ailleurs en leur adressant un message : “Je voudrais juste dire aux enfants qu’on pense à eux. Ils existent et il ne faut pas qu’ils s’empêchent de vivre et de parler. Ils ne sont pas seuls contre le monde, on est là pour eux.”
Un océan de souvenirs
“Des souvenirs, j’en ai plein !”. En tant qu’élève, il y a eu sa première Saga à Moorea en 2013, puis la suivante : “À Huahine, en 2014, j’étais la meilleure en voile. J’ai eu le niveau bleu-vert. Je me sentais vraiment au top !” Rapidement passée du côté de l’encadrement, Teretia Kaimuko est régulièrement touchée par les propos de certains enfants. “Je crois que c’était en 2019 à Bora Bora, ma première Saga en tant que monitrice. Un petit de 8 ans demandait s’il pouvait cueillir les cocos sur le motu : c’était pour éviter que son papa vole pour lui donner à manger. Toujours à Bora Bora, un enfant de 7 ans m’a demandé une bouteille : il voulait la remplir pour montrer à quel point l’eau turquoise du lagon est belle. Certains enfants ne vont jamais à la mer !” C’est aussi à la fin de cette édition sur la perle du Pacifique que Teretia Kaimuko a créé sa première danse pour la Saga, sans grand succès au départ. “Les enfants préféraient aller faire du kayak ou se baigner. Le dernier jour, il a plu et ils étaient tous fiers de danser devant les officiels. C’était génial ! Depuis, chaque année, je crée une danse pour occuper les enfants à terre.”
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